Les villas Belle Époque de Pornichet
On les croise en remontant les allées de Sainte-Marguerite, du centre-ville, du quartier de la gare : façades ouvragées, frises sculptées, balcons tournés vers l'Atlantique. Les villas de Pornichet ne sont pas de simples maisons. Elles sont les témoins d'une époque où artistes, entrepreneurs et personnalités parisiennes venaient poser leurs valises face à l'océan, et y bâtissaient leurs rêves de pierre, de granit et de bois.
Art nouveau et Art déco sur les façades de Pornichet
On les confond souvent. Pourtant, Art nouveau et Art déco se distinguent au premier regard, à condition de savoir où poser les yeux.
L'Art nouveau naît à la fin du 19e siècle, en pleine Belle Époque. Il s'inspire de la nature : courbes végétales, arabesques, motifs floraux, lignes sinueuses qui semblent pousser sur les façades comme du lierre sur un mur. En France, le mouvement s'illustre à travers les bouches de métro d'Hector Guimard ou les verreries d'Émile Gallé à Nancy.
L'Art déco, lui, arrive après la Première Guerre mondiale, dans le souffle des années 1920. Exit les courbes : place à la géométrie, à la symétrie, aux lignes sobres. Le style naît officiellement lors de l'Exposition internationale des arts décoratifs de 1925 à Paris. Il accepte l'industrialisation, utilise l'acier, l'aluminium, le béton.
À Pornichet, les deux langages cohabitent. En se promenant dans le quartier de Sainte-Marguerite, on repère des villas aux balcons ouvragés, aux frises florales, aux épis de faîtage typiques de l'Art nouveau. Plus loin, le Casino affiche des lignes Art déco plus nettes, plus épurées. Deux époques, deux esthétiques, un même bord de mer.
Les villas qui ont fait Pornichet
Derrière chaque façade, il y a un nom, une époque, une aventure.
Ker Souveraine, sur le boulevard de mer, est la seule villa de Pornichet inscrite à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques depuis 2002. Construite en 1925 pour Suzanne De La Noue, Parisienne au fort tempérament, elle est de style méditerranéen. Extérieur immaculé, frises ornées de sirènes sculptées par le staffeur Karkovic, intérieur éclectique : chambre chinoise, salle de bain Art déco, colonnades en faux marbre. On raconte que le mascaron en façade porterait les traits de sa commanditaire. À sa construction, la villa donnait directement sur la plage, avant que le boulevard de mer ne soit tracé en 1929.
Ker Bon Accueil est aujourd'hui l'hôtel de ville. Son histoire commence en 1910 quand M. Vigner, entrepreneur nazairien en travaux publics qui a fait fortune avec l’aménagement des chantiers portuaires du Havre et de Casablanca, achète un vaste terrain entre la mer et l'avenue de la Gare. Tombé sous le charme de Pornichet en travaillant à la prolongation de la voie de chemin de fer de Saint-Nazaire au Croisic, il fait édifier sa demeure par l'architecte Vassel, véritable villa d’apparat avec salles de réception, fumoir, jardin d’hiver. Sa fille Caroline épouse Achille Bertoye, futur maire de Pornichet. Convaincu que l'ancien hôtel de ville de 1913 n'est pas à la hauteur de la ville, Achille Bertoye lègue Ker Bon Accueil à la municipalité. Depuis 1950, c’est un édifice municipal qui offre au public un cadre d’accueil au charme incomparable.
Face à la plage des Libraires, l'Océan se dresse depuis près de 150 ans. En 1882, Maxime Boucheron, auteur dramatique, s'associe avec Jean Lassalle et Henri Sellier, artistes de l'Opéra lyrique, pour fonder le Grand Hôtel de l'Océan. L'architecte Henri Van Den Broucke signe un édifice de granit, de brique et de bois : 150 chambres, un casino, une salle de spectacles. Sarah Bernhardt, en villégiature à Sainte-Marguerite, y fait ses apparitions. Chaque 15 août, des courses hippiques attirent la bonne société parisienne et nantaise. L'hôtel traverse les décennies, les guerres, les incendies, les changements de propriétaires. Son clocheton, disparu avec le temps, a été repositionné en 2000.
Il y a bien d'autres majestueuses villas à découvrir à Pornichet : les villas Sigurd et Aïda, ou encore celles signées par Henri Van Den Broucke à Sainte-Marguerite, comme Ker Juliette, Ker Arvor et Ker Gaïdic. Chacune porte la trace d'un architecte, d'un commanditaire, d'une époque.
Observer l'architecture avec un guide
On peut se promener seul et admirer mais l'on peut aussi choisir de comprendre. Les visites guidées de Pornichet proposent de décrypter les façades, de repérer un épi de faîtage, de distinguer une frise Art nouveau d'un motif Art déco. La visite "Fantaisies Balnéaires" fait partie de ces rendez-vous où l'on apprend en levant les yeux, accompagné par une guide conférencière qui connaît chaque villa et chaque anecdote.